Les talus de route

Talus de routes du Canton de Vaud
Actuellement, les talus sont parmi les derniers prés de fauche non amendés du Plateau. Ils jouent donc un rôle important de refuge pour de nombreux végétaux et insectes qui, étant inféodés aux prairies maigres, trouvent de moins en moins d'habitats propices. Cette situation peut évoluer dans le bon sens, notamment par l'application de la nouvelle loi sur l'agriculture qui contraint les exploitations en production intégrée (ce qui concerne actuellement près de 80% des exploitations) à fournir des prestations écologiques sur une partie de leur domaine. Les prés et pâturages extensifs, les jachères florales qui apparaissent çà et là peuvent être repeuplés à partir des talus. Mais ces surfaces agricoles peu exploitées sont souvent fugaces et les talus doivent conserver leur fonction de refuge stable. La répartition des prairies maigres naturelles est très morcelée; les talus de route peuvent aussi servir de relais facilitant les échanges entre stations isolées.

L'inventaire Pro Natura Vaud
En 1996, Pro Natura Vaud a entamé un inventaire des talus biologiquement riches. Cinq ans après, des dizaines d'informateurs bénévoles, naturalistes professionnels ou amateurs, se sont mobilisés et nous ont signalé 230 talus remarquables, observations qui ont été transmises au Service des routes du Canton. Géographiquement, les territoires les plus riches sont ceux correspondant à la répartition naturelle des prairies maigres, soit le pied du Jura (Romainmôtier, Premier, Bretonnières, les Clées, la Russille, Montcherand, Champagne, Bonvillars, Concise), le Lavaux (La Croix sur Lutry, Puidoux, Chardonne, Corsier) et le Chablais (Corbeyrier, Ollon, Panex, Fenalet, les Posses, Antagne, Lavey, Morcles). Cependant il y a de beaux talus plus isolés mais répartis un peu partout ailleurs dans le Canton, par exemple sur la Côte (Coinsins, Arzier, Longirod, Mont-sur-Rolle), dans la région de Cossonay (Orny, Bavois, La Sarraz), à l'ouest de Lausanne (Colombier, Bremblens, Bussigny, Aclens, Ecublens) et dans le nord (Vully, Villars-Epeney, la Maughettaz, Chapelle-sur-Moudon, Bioley-Magnoux).

Une quarantaine de ces talus ont une valeur inestimable puisqu'ils abritent une ou plusieurs espèces rares et menacées à l'échelle régionale ou nationale: 19 espèces d'orchidées dont les rares Orchis singe, Orchis pyramidal, Orchis à odeur de bouc, Limodore et plusieurs Ophrys; des grandes raretés comme une fougère, l'Ophioglosse, et un genêt, le Cytise prostré; ainsi qu'une trentaine d'autres découvertes plus discrètes, par exemple la Bermudienne des montagnes ou la Blackstonie perfoliée. Une soixantaine d'autres talus, essentiellement des prairies maigres, recèlent une flore riche et diversifiée bien que sans espèces menacées. Ces belles prairies, importantes pour la microfaune, sont aisément reconnaissables par la présence du Brome dressé, de la Sauge des bois ou de l'Esparcette. Ce sont généralement des talus en pente, d'exposition est ou sud, sur un sol pauvre souvent caillouteux. On y trouve un grand nombre de plantes et d'insectes qui sont peu fréquents dans la campagne vaudoise. D'autres talus, enfin, comprenant seulement quelques espèces de prés maigres, laissent penser que les conditions écologiques sont favorables mais que le potentiel floristique est mal réalisé. Ceci peut être dû à un trop grand isolement (par exemple dans un contexte de cultures intensives), ou à la proximité d'une prairie régulièrement amendée, ou à un entretien trop intensif du talus.

Gestion des talus maigres
Une gestion extensive est prioritaire pour les talus maigres riches en espèces rares et présentant une bonne diversité. Pour les talus dont le potentiel biologique est élevé mais actuellement mal réalisé, nous conseillons d'appliquer les mêmes mesures extensives: il est alors fort probable que la biodiversité de ces talus augmente au fil du temps.

  • Eviter les remblaiements, chablis, brûlis; pas d'emploi d'herbicides.
  • Réduire au minimum la largeur de la bande d'accotement fauchée précocement.
  • Faucher tardivement le talus (juillet-août).
  • Récolter le foin, surtout si la pente du talus est faible ou la végétation dense.
  • Laisser une bande ou des îlots qui ne seront pas fauchés chaque année. Ils serviront de banque de graines et de refuge pour les petits animaux.
  • Eviter les plantations denses d'arbustes. Recéper périodiquement les ligneux qui ne devraient pas dépasser le 25% de la surface de la station.
  • Eviter de raboter le sol et de décaper l'humus avec l'épareuse.


Remarques concernant l'entretien actuel
D'une manière générale, les observateurs ont noté les efforts qui sont faits par le Service des routes, les voyers et les cantonniers pour travailler dans le respect des organismes vivants. La fauche précoce est généralement limitée à l'accotement, le haut du talus n'étant fauché qu'au deuxième passage, à partir du 15 juin. L'herbe fauchée est parfois ramassée. Le Chef de Service ainsi que la plupart des voyers d'arrondissement ont été d'emblée coopératifs et certains ont déjà pris en compte nos propositions. Dans plusieurs cas, des interventions de privés auprès des cantonniers ont été bien accueillies et l'entretien différé sur certains tronçons. Cependant quelques critiques sont aussi à relever comme l'usage rare d'herbicides, généralement le long de routes communales (Bavois, Eclépens); la première fauche étendue à l'ensemble de certains talus, ce qui a par endroits empêché des plantes rares de fleurir ( Montcherand, Concise); des dégâts localisés dûs à l'épareuse (les Clées, Ferreyres, Trélex).

Conclusion
Le maintien général de la biodiversité dans les talus sera obtenu en diversifiant les méthodes d'entretien: dates de fauches, types de machines, séchage du foin sur place ou non, etc. Les surfaces subissant des traitements différents réagiront spécifiquement. Ainsi, on évitera de banaliser les milieux et on favorisera le maintien d'un large spectre d'espèces végétales et animales.

Antoine Burri, Saskia Godat, Pierre Hunkeler, Pierre Mingard et Anne-Claude Plumettaz Clot